Sortir
du paradoxe
éditorial
par Benjamin Dessus, Global Chance.

n 1997, les
experts restaient encore prudents, à la fois sur la connaissance
de lévolution de la température moyenne de la planète au cours
des dernières décennies, mais aussi sur la responsabilité des gaz
à effet de serre dans cette évolution. Aujourdhui les scientifiques
sont unanimes à prédire un réchauffement de la planète de 1 à 3
degrés pour un doublement de la concentration des gaz à effet de
serre dans latmosphère. Unanimes aussi pour considérer que
le début de réchauffement de la planète, confirmé depuis le début
du siècle et accéléré ces 10 dernières années, est bien compatible
avec la prévision de leurs modèles et bien difficile à expliquer
autrement quen en donnant la responsabilité aux émissions
de gaz à effet de serre. Par ailleurs, la description des conséquences
sur les économies du réchauffement commence à se préciser et met
en relief la très grande inégalité des pays les plus pauvres devant
les risques encourus.
En 1997,
la préoccupation du réchauffement du climat restait encore confinée
aux scientifiques, aux grandes ONG denvironnement et aux
pouvoirs publics. Quatre ans plus tard, la situation a bien changé.
Le travail dinformation des ONG et des média, et peut être
surtout laugmentation de fréquence des évènements météorologiques
extrêmes (inondations, tempêtes sévères, sécheresses) au cours
des dernières années, largement attribués (à tort ou à raison)
au renforcement des émissions, ont brutalement rendu sensible
aux opinions publiques la question du réchauffement climatique
- même si ces opinions publiques ont encore quelque mal à faire
le lien entre le réchauffement, les catastrophes et les activités
humaines qui en seraient responsables.
Face à ceux
nouvelles réalités, force est de constater que laction publique
reste entre deux rives. Si le discours de politique sest
enrichi dun vocabulaire nouveau, à base de gaz carbonique,
de principe de précaution, de permis négociables, etc. qui alimente
les controverses politiques, en tout cas dans la plupart des pays
occidentaux, les tentatives daction restent balbutiantes,
remises en cause à la moindre occasion, et par le moindre lobby,
toujours reportées derrière dautres priorités de court terme.
Il suffit
pour sen convaincre de voir la progression des émissions
de la plupart des pays occidentaux depuis 1990 : + 26% pour la
Nouvelle Zélande, + 20 % pour lAustralie + 12 % pour lAmérique
du Nord + 7,6 % pour le Japon, + 2,2 % pour lEurope, alors
quil sétaient tous engagés à Rio à stabiliser leurs
émissions en 2000 au niveau de 1990.Tout se passe comme si chacun
comptait sur les économies démission (de 33 %) quà
entraîné leffondrement des économies en transition au cours
de la dernière décennie pour respecter les engagements quil
na pas tenus !
En France
même, les principales mesures du Plan national de lutte contre
le changement climatique décidé en janvier 2000, sont remises
en cause à chaque occasion, depuis labandon de la vignette
automobile pour alimenter la baisse des impôts sur les ménages,
à la remise en cause de lécotaxe pour lindustrie en
passant par celui de laugmentation de la TIPP sous la pression
des transporteurs et des automobilistes .
Cette impression
dimmobilisme, voire de recul, est bien évidemment renforcée
aux yeux de lopinion par léchec de létape de
négociation que représentait la Haye.
On est donc
devant un vrai paradoxe : un cri davertissement de plus
en plus net des scientifiques, une connaissance de plus en plus
précise des moyens de prévention à mettre en uvre, une alerte,
sinon une prise de conscience des opinions publiques occidentales
et en même temps une impression de recul de la volonté publique,
aussi bien au niveau national quau niveau international,
comme si la connaissance paralysait laction au lieu de la
nourrir !
Il nest
que temps dinverser la vapeur. Pendant quon ne fait
rien les gaz à effet de serre saccumulent à grande allure.
Chaque atermoiement rend laction de prévention future plus
difficile, son résultat plus incertain, et les conséquences du
réchauffement plus lourdes, en particulier pour les pays les plus
pauvres. Il nest que temps de dépasser les contradictions
de court terme au niveau international pour conclure très vite
laprès la Haye, dans une prise en compte dynamique positive
et solidaire des exigences du long terme. Il est tout aussi important,
pour nous citoyens, de faire en sorte quen France même,
à chaque niveau de décision public, il se passe enfin quelque
chose de significatif, de visible et de durable.
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