AIDA a été sollicitée par des étudiantes d’AgroParisTech (UFR Agriculture comparée) pour s’engager dans un travail de fin d’études dans les Balkans. Notre ONG qui disposait de (faibles) réserves a décidé de répondre favorablement à cette demande et, fort de relations diverses avec le Monténégro, à soutenir un diagnostic agraire du remarquable massif pastoral de Sinjajevina.
Ce massif est un vaste plateau calcaire d’environ 600 km2 entaillé de vallées encaissées. Il se présente comme une grande étendue d’herbe et de rochers, offrant à la fois un paysage extraordinaire et une ressource herbagère abondante pour l’élevage de ruminants. En 2025, Laetitia Dubois et Daphnée Séailles (ingénieures agronomes d’AgroParisTech) ont donc réalisé un diagnostic agraire du massif. Cette étude, fruit d’un travail de terrain de 5 mois, est magnifiquement illustrée et met en avant les paysages emblématiques de cette région montagnarde, l’histoire contemporaine de ce plateau et les dynamiques agro-pastorale locales. Ce travail a été encadré par François Lerin et Orianne Crouteix (association AIDA), Pablo Dominguez (anthropologue du DivEC – Diversité et Évolution Culturelle) et Milan Marković (faculté Biotechnique de l’Université du Monténégro) et a été rendu possible par l’accompagnement de Vuk Miletić notamment pour la traduction lors du travail de terrain. Il a bénéficié du soutien de l’Ambassade de France à Podgorica (pour l’activité de traduction pendant les enquêtes de terrain).
Ce travail (disponible ci-dessous) s’attache à comprendre l’activité agricole façonnant, en partie, ce paysage remarquable. L’agriculture pratiquée dans la région est une agriculture familiale de polyculture-élevage, fondée sur le pastoralisme en milieu montagneux. Cependant, les pâturages de Sinjajevina sont aujourd’hui largement sous-utilisés. Bien que des familles d’éleveurs soient encore présentes dans les vallées, elles ne sont plus qu’une centaine à monter en estive sur le plateau, et ce nombre ne cesse de diminuer.
Laetitia Dubois & Daphnée Seailles
Octobre 2025
Cette étude a aussi permis de montrer que (1) les systèmes de production sont des systèmes d’élevage pastoral extrêmement économes ; (2) une large part des produits des exploitations sont autoconsommés, représentant 20% à 70% du revenu agricole familial ; (3) bien que la moto-mécanisation permette d’augmenter la productivité physique du travail, elle n’est pas suffisante pour faire face au manque de main-d’œuvre et aux conditions du milieu difficiles ; (4) les exploitations agricoles de Sinjajevina commencent à se spécialiser (arrêt de la traite des ovins, abandon de l’élevage ovin au profit de l’élevage bovin laitier, vente de veaux de plus en plus jeunes), ce qui induit des différences notables dans leurs résultats économiques ; (5) malgré des résultats économiques intéressants, les conditions sociales et matérielles de cette activité agricole ne sont aujourd’hui pas suffisantes pour la maintenir à long terme. Or, le paysage unique du massif de Sinjajevina ne peut être conçu sans l’élevage pastoral qui le façonne.
Photo (bandeau) : Le nord du plateau de SInjajevina, au fond le parc national du Durmitor (Monténégro), mai 2025 / François Lerin
